
La cuisine guadeloupéenne se distingue par un patrimoine culinaire d’une richesse exceptionnelle, où chaque épice raconte une histoire de métissage et de tradition. Cette gastronomie insulaire puise ses racines dans un héritage multiculturel fascinant, mêlant les influences africaines, indiennes, européennes et caribéennes. Les épices locales constituent l’âme véritable de cette cuisine créole, transformant chaque plat en une symphonie de saveurs authentiques. Du piment bonda man jacques à la muscade fraîchement râpée, en passant par le fameux quatre-épices guadeloupéen, ces trésors aromatiques définissent l’identité gustative de l’archipel. La maîtrise de ces condiments traditionnels représente bien plus qu’une simple technique culinaire : elle symbolise la préservation d’un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération.
Les épices fondamentales de l’archipel guadeloupéen : piment, cannelle et muscade
L’art culinaire guadeloupéen repose sur un trio d’épices fondamentales qui caractérisent l’authenticité de cette cuisine tropicale. Ces condiments essentiels forment la base aromatique de nombreuses préparations traditionnelles, apportant chaleur, parfum et complexité gustative à chaque recette. La compréhension de leurs propriétés organoleptiques et de leurs utilisations spécifiques permet d’appréhender toute la sophistication de la gastronomie créole.
Le piment végétarien et piment bonda man jacques dans la tradition culinaire
Le piment végétarien, paradoxalement nommé car il ne pique pas, constitue l’épine dorsale de nombreuses préparations guadeloupéennes. Cette variété locale apporte une saveur fruité et parfumée sans la brûlure caractéristique des autres piments. Sa chair épaisse et charnue se prête parfaitement à la confection de la célèbre sauce chien, condiment emblématique de l’archipel.
Le piment bonda man jacques, quant à lui, représente l’extrême opposé avec son niveau de capsaïcine particulièrement élevé. Cette variété endémique, reconnaissable à sa forme de petit bonnet, demande une manipulation experte et un dosage minutieux. Les cuisiniers locaux l’utilisent avec parcimonie pour relever les court-bouillons de poisson et les marinades de viande, créant cette signature gustative si caractéristique de la cuisine créole.
La cannelle de ceylan versus cannelle cassia en cuisine créole
La distinction entre cannelle de Ceylan et cannelle cassia revêt une importance capitale dans l’élaboration des desserts traditionnels guadeloupéens. La cannelle de Ceylan, plus délicate et sucrée, se reconnaît à ses bâtons fins aux multiples couches friables. Cette variété noble parfume délicatement les tourments d’amour et les flans coco, sans masquer la subtilité des autres ingrédients.
La cannelle cassia, plus robuste et épicée, trouve sa place dans les plats salés comme le colombo de cabri ou les ragoûts de poisson. Son arôme plus prononcé résiste mieux aux cuissons prolongées et s’harmonise parfaitement avec les autres épices fortes du mélange colombo. Cette différenciation technique influence considérablement le profil aromatique final des préparations culinaires.
La muscade de grenade : techniques de râpage et conservation optimale
La muscade de Grenade, voisine géographique de la Guadeloupe, apporte une dimension olfactive incomparable aux préparations sucrées
et salées de la cuisine guadeloupéenne. Utilisée entière puis râpée à la demande, elle développe un parfum chaud et légèrement camphré qui sublime un simple gratin de christophines, un bébélé marie-galantais ou encore un chocolat chaud pays. Pour préserver toute sa puissance aromatique, il est recommandé de conserver les noix de muscade entières dans un bocal hermétique, à l’abri de la lumière et de l’humidité, puis de les râper au dernier moment à l’aide d’une petite râpe fine.
En cuisine créole, la muscade intervient souvent en fin de cuisson, un peu comme une touche de parfum que l’on dépose délicatement sur un plat. Un quart de noix suffit généralement pour assaisonner un gratin familial ou un appareil à flan coco. Au-delà, l’épice peut vite dominer l’ensemble. Vous préparez un colombo de poulet ou un ragoût de cabri ? Une pincée de muscade fraîchement râpée viendra lier les autres arômes (cumin, curcuma, laurier) et apporter ce fond légèrement sucré typique des plats mijotés antillais.
Le quatre-épices guadeloupéen : composition et dosage authentique
Le quatre-épices guadeloupéen est un pilier discret mais omniprésent de la cuisine locale. Contrairement à ce que son nom laisse penser, il ne s’agit pas d’un simple mélange standardisé. Dans la tradition créole, il associe généralement muscade, clou de girofle, poivre noir et cannelle cassia, dans des proportions adaptées à chaque famille. Certains y ajoutent une pointe de bois d’Inde pour renforcer le caractère chaud et balsamique du mélange, créant ainsi une signature aromatique unique.
Ce quatre-épices est particulièrement utilisé dans les marinades pour viandes rouges, les ragoûts de cabri, le pâté salé de Noël ou encore certaines charcuteries créoles. Pour obtenir un résultat équilibré, comptez en moyenne une demi-cuillère à café de mélange pour 500 g de viande, en complément du sel, de l’ail et des herbes fraîches. Un excès de quatre-épices peut rapidement écraser les notes plus délicates du plat, notamment dans un court-bouillon de poisson. Mieux vaut donc l’introduire progressivement, en goûtant au fur et à mesure, comme on ajusterait le volume d’une musique de fond pour ne pas couvrir les autres instruments.
Herbes aromatiques endémiques et techniques de préparation traditionnelles
Si les épices donnent du relief à la cuisine guadeloupéenne, les herbes aromatiques locales en assurent la fraîcheur et la complexité. Thym-pays, cive, bois d’Inde ou citronnelle structurent l’identité de nombreuses recettes, des simples grillades de poisson aux plats en sauce les plus élaborés. Leur usage répond à des gestes précis, souvent appris « à l’œil » auprès des anciens, mais que l’on peut aujourd’hui décrire avec rigueur pour vous aider à les reproduire chez vous.
Comprendre la différence entre thym-pays et thym français, savoir comment ciseler finement la cive-pays sans en perdre les sucs, ou encore extraire les arômes de la citronnelle dans une infusion créole, fait partie des clés pour réussir vos recettes antillaises. Nous sommes ici au cœur du « jardin créole », cet espace où se côtoient herbes, racines et petits arbustes médicinaux, véritable pharmacie et garde-manger à ciel ouvert. En maîtrisant ces herbes endémiques, vous découvrirez une dimension plus subtile de la cuisine guadeloupéenne, bien au-delà du seul piment.
Le thym-pays versus thym français : identification et usage culinaire
Le thym-pays, parfois appelé « thym créole », se distingue nettement du thym français par son port plus dressé, ses feuilles plus larges et surtout son parfum puissant, presque camphré. Il pousse facilement dans les jardins et sur les talus ensoleillés, et est utilisé frais dans la plupart des plats emblématiques : bouillons, ragoûts, grillades boucanées, soupes pays. En bouche, il apporte une profondeur aromatique proche du mélange entre thym classique, origan et un soupçon d’eucalyptus.
Le thym français (ou thym commun), plus doux et plus discret, est parfois utilisé en complément, notamment dans les préparations inspirées de la cuisine métropolitaine, comme certains gratins ou farces. En cuisine guadeloupéenne authentique, c’est pourtant le thym-pays que l’on retrouve le plus souvent dans les bouquets garnis associés au bois d’Inde et à la cive. Pour ne pas saturer le plat, une petite branche de thym-pays suffit pour parfumer un court-bouillon familial. Ajouté en début de cuisson, il libère ses huiles essentielles progressivement, tandis qu’un ajout en fin de cuisson permet de raviver le parfum, un peu comme un dernier coup de pinceau sur une toile déjà peinte.
La citronnelle fraîche : méthodes de découpe et infusions créoles
La citronnelle fraîche, cultivée en touffes dans de nombreux jardins créoles, joue un double rôle en Guadeloupe : aromatique et médicinal. Son parfum citronné, à la fois vif et doux, parfume subtilement les bouillons de poisson, certains blaffs, mais aussi les thés et tisanes digestives consommés en fin de repas. Pour l’utiliser dans un plat salé, on commence généralement par couper la base dure du bulbe puis par fendre la tige dans la longueur pour en libérer les huiles essentielles.
En cuisine, vous pouvez nouer deux ou trois tiges de citronnelle en petits fagots et les plonger entières dans la préparation, à la manière d’un bouquet garni. Pour une infusion créole, on tranche la citronnelle en tronçons de 2 à 3 cm, puis on les écrase légèrement au pilon afin de « réveiller » les arômes avant de verser l’eau frémissante. Une dizaine de minutes d’infusion suffisent pour obtenir une boisson parfumée, idéale pour accompagner un flan coco ou un tourment d’amour. Vous souhaitez apporter une touche tropicale à une marinade pour poisson ? Associez citronnelle, gingembre frais, citron vert et piment végétarien : vous obtiendrez une base à la fois parfumée, fraîche et typiquement antillaise.
Le bois d’inde : séchage artisanal et propriétés organoleptiques
Le bois d’Inde, souvent confondu avec le piment de la Jamaïque (allspice), est une épice-feuille emblématique des Antilles françaises. En Guadeloupe, on utilise surtout ses feuilles, fraîches ou séchées, pour composer les bouquets garnis qui parfumant colombo, fricassées et soupes. Son profil aromatique est complexe : il évoque à la fois la cannelle, le clou de girofle, la muscade et le poivre, d’où son nom d’« allspice » dans le monde anglophone. Une seule feuille peut transformer un simple bouillon de légumes en un plat au caractère profondément créole.
Traditionnellement, les feuilles de bois d’Inde sont récoltées sur des arbres poussant en altitude puis séchées à l’ombre, dans un endroit ventilé, afin de préserver leurs huiles essentielles. Une fois bien sèches, elles se conservent plusieurs mois dans un bocal hermétique. En cuisine, on les ajoute entières en début de cuisson, puis on les retire avant le service, à la manière d’une feuille de laurier. Vous préparez un ragoût de cabri ou un matété de crabe ? Une à deux feuilles de bois d’Inde suffisent pour un faitout de 4 à 6 personnes. Au-delà, leur parfum peut devenir envahissant et masquer les notes marines ou carnées du plat.
La cive-pays et échalote péyi : techniques de hachage et conservation
La cive-pays, appelée aussi « oignon-pays » ou « oignon-pays long », est une herbe aromatique incontournable dans la cuisine guadeloupéenne. Visuellement proche de la ciboulette ou de l’oignon vert, elle offre un parfum plus doux que l’oignon classique mais plus marqué que la ciboulette. On l’utilise à la fois dans les marinades, la sauce chien, les farces de boudin créole et la plupart des préparations en sauce. L’échalote péyi, bulbe plus petit et plus parfumé que l’échalote européenne, vient souvent compléter ce duo en apportant une chaleur légèrement sucrée.
Pour tirer le meilleur de ces aromates, la technique de hachage est essentielle. Après les avoir soigneusement lavés et séchés, on cisèle finement les tiges de cive en tronçons de 2 à 3 mm, en veillant à ne pas les écraser pour ne pas perdre leurs sucs. L’échalote péyi, quant à elle, se détaille en brunoise très fine, presque translucide, idéale pour les marinades antillaises et la sauce chien. Côté conservation, vous pouvez garder la cive-pays fraîche au réfrigérateur, enveloppée dans un linge légèrement humide, ou la congeler hachée dans un petit contenant hermétique. Cette astuce vous permettra d’avoir toujours sous la main de quoi aromatiser un colombo de poulet ou un poulet boucané improvisé.
Condiments emblématiques : sauce chien, marinade et colombo en poudre
Au-delà des épices et herbes brutes, la cuisine guadeloupéenne se distingue par une série de condiments emblématiques qui concentrent les saveurs locales. Sauce chien, marinade antillaise, poudre de colombo maison ou encore ti-malice font partie de ces préparations que l’on retrouve sur toutes les tables, des « lolos » de plage aux restaurants gastronomiques. Ces condiments fonctionnent un peu comme des raccourcis aromatiques : en quelques cuillerées, ils apportent structure, relief et identité créole à un plat simple.
La maîtrise de ces condiments passe par le respect des proportions, des temps de macération et des gestes traditionnels de hachage ou de torréfaction. Vous vous demandez comment obtenir une sauce chien bien équilibrée, ni trop acide ni trop grasse ? Ou comment réussir une poudre de colombo qui rivalise avec celles achetées sur les marchés de Pointe-à-Pitre ou Basse-Terre ? En explorant ces recettes-phare, vous apprendrez à construire vos propres bases aromatiques et à adapter le niveau de piquant et d’épices selon vos goûts.
Sauce chien traditionnelle : proportions exactes citron vert-piment-cive
La sauce chien est sans doute le condiment le plus emblématique de la Guadeloupe. Elle accompagne les grillades de poisson, le poulet boucané, les brochettes de porc ou simplement un riz blanc, qu’elle transforme instantanément en plat festif. Sa réussite repose sur un équilibre précis entre l’acidité du citron vert, le piquant du piment, le parfum des herbes fraîches et la rondeur de l’huile. Pour 4 personnes, la base classique comprend 4 cives-pays, 1 petite échalote péyi, 1 piment végétarien (ou un morceau de bonda man jacques selon votre tolérance), le jus de 2 citrons verts, 4 cuillères à soupe d’huile neutre, du sel et de l’eau chaude.
La préparation suit un rituel codifié : on commence par hacher finement cive, échalote et piment, puis on les place dans un bol avec le sel. On verse ensuite l’eau frémissante (non bouillante) pour « blanchir » légèrement les aromates et extraire leurs parfums, avant d’ajouter le jus de citron puis l’huile en dernier. Cette inversion par rapport à une vinaigrette classique permet d’obtenir une sauce plus homogène, où l’acidité domine légèrement, comme le veut la tradition locale. Vous aimez les saveurs plus douces ? Remplacez une partie du citron vert par un peu de jus d’orange pays, ce qui rappellera certaines variantes familiales plus fruitées.
Marinade antillaise : macération optimale pour viandes et poissons
La marinade antillaise est au cœur de nombreuses préparations guadeloupéennes : poulet boucané, côtes de porc grillées, poissons au four ou à la plancha. Elle permet à la fois d’attendrir les chairs, de les parfumer en profondeur et de limiter le dessèchement lors de la cuisson. La base aromatique repose sur un mélange d’ail écrasé, de cive-pays, de thym-pays, de bois d’Inde, de jus de citron vert, de vinaigre de canne, d’huile et, bien sûr, de piment selon votre goût. On retrouve ainsi l’ensemble des marqueurs de la cuisine créole dans une seule préparation.
Pour une macération optimale, comptez en moyenne 8 à 12 heures pour les viandes (idéalement une nuit au frais) et 30 minutes à 2 heures pour les poissons, selon leur taille et leur fragilité. Un temps trop long pour le poisson, notamment en présence de beaucoup de citron, risquerait de « cuire » la chair comme dans un ceviche. En pratique, on place la viande ou le poisson soigneusement salé dans un grand récipient, on ajoute la marinade en veillant à bien enrober chaque morceau, puis on couvre avant de laisser reposer au réfrigérateur. Vous souhaitez retrouver le goût d’un poulet boucané dégusté sur une plage de Guadeloupe ? N’hésitez pas à ajouter une cuillère de quatre-épices dans votre marinade et à privilégier une cuisson lente, à feu modéré, pour favoriser la caramélisation des sucs.
Poudre de colombo maison : torréfaction et mouture des graines
La poudre de colombo est l’une des signatures les plus connues de la cuisine guadeloupéenne, souvent comparée à un curry indien mais avec une identité propre. Les mélanges du commerce sont nombreux, mais préparer sa poudre de colombo maison permet de contrôler la qualité des épices et d’ajuster le profil aromatique. La base classique associe graines de coriandre, cumin, moutarde, fenugrec, poivre, curcuma, clou de girofle et parfois grains de riz torréfiés qui servent de liant et de stabilisant.
La clé réside dans la torréfaction : les graines sont chauffées à sec quelques minutes dans une poêle à fond épais, jusqu’à ce qu’elles dégagent un parfum intense sans brûler. On les laisse ensuite refroidir complètement avant de les moudre au mortier ou au moulin à épices, en ajoutant le curcuma en poudre en dernier pour préserver sa couleur dorée. Une fois moulue, la poudre de colombo se conserve idéalement dans un bocal opaque, au frais et au sec, pendant 3 à 4 mois. Vous préparez un colombo de poulet ou de poisson ? Comptez une cuillère à soupe rase de poudre pour 500 g de viande ou de poisson, à faire revenir dans un peu d’huile pour libérer les arômes avant d’ajouter l’eau ou le bouillon.
Ti-malice et sauce ti-nain : fermentation contrôlée des piments
La sauce ti-malice, bien connue en Guadeloupe et en Haïti, ainsi que certaines sauces ti-nain (traditionnellement servies avec les bananes vertes) relèvent de la grande famille des sauces pimentées fermentées. Leur particularité ? Elles associent le piquant du piment à une fermentation lactique douce, qui arrondit les saveurs, développe des notes aigres-douces et améliore la conservation. Concrètement, on dispose des piments frais (souvent bonda man jacques), parfois mélangés à des rondelles de carotte, d’ail et d’oignon, dans un bocal recouvert de vinaigre, de sel et parfois d’un peu de jus de citron.
La fermentation contrôlée se fait à température ambiante pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant que la sauce ne soit consommée. Comme pour une choucroute ou un kimchi, il s’agit d’un équilibre entre le sel, l’acidité et le temps. En Guadeloupe, chaque famille a sa recette « secrète » de ti-malice, plus ou moins forte, plus ou moins vinaigrée. Vous souhaitez vous lancer ? Commencez par une version douce en mélangeant piments végétariens et une petite quantité de bonda man jacques, puis ajustez au fil de vos essais. Une goutte de ti-malice suffit souvent à métamorphoser un simple filet de poisson grillé ou un plat de ti-nain morue.
Fruits tropicaux transformés : confitures, chutneys et pickles créoles
La Guadeloupe regorge de fruits tropicaux, et la cuisine créole a développé tout un art de leur transformation pour prolonger leur dégustation au-delà des saisons. Mangues, goyaves, ananas, papayes, bananes, caramboles ou encore fruits de la passion sont ainsi déclinés en confitures, gelées, chutneys épicés et pickles aigres-doux. Ces préparations, à mi-chemin entre tradition familiale et créativité contemporaine, accompagnent aussi bien les petits-déjeuners que les plats salés, en particulier les grillades et les charcuteries.
Les confitures créoles, souvent plus riches en morceaux de fruits que leurs cousines européennes, mettent en valeur la texture et l’intensité aromatique des fruits pays. On y ajoute parfois un bâton de cannelle, une gousse de vanille locale ou une pointe de rhum vieux en fin de cuisson pour signer la préparation. Les chutneys, inspirés de la cuisine indienne, marient quant à eux fruits mûrs, vinaigre, sucre, oignon, ail et épices (gingembre, piment, clou de girofle). Un chutney de mangue bien relevé se marie à merveille avec un colombo de poulet ou un poisson grillé, apportant une note sucrée-acide qui réveille le palais.
Les pickles créoles, moins connus mais tout aussi intéressants, permettent de conserver des légumes et fruits légèrement croquants dans un bain vinaigré épicé. On trouve par exemple des pickles de concombre, de carotte, d’oignon mais aussi de papaye verte ou de christophine. Sur les marchés locaux, ces bocaux colorés attirent l’œil et témoignent d’un savoir-faire artisanal encore très vivant. Vous cherchez une manière simple de donner une touche guadeloupéenne à vos assiettes ? Ajoutez une cuillère de chutney d’ananas ou quelques pickles de papaye verte à côté d’un plat de riz et d’un poisson frit : l’association de textures et de saveurs sucrées-salées rappellera immédiatement les tables antillaises.
Techniques de transformation et conservation des épices locales
Dans un climat tropical où la chaleur et l’humidité peuvent altérer rapidement les produits, la Guadeloupe a développé des techniques spécifiques de transformation et de conservation des épices. Séchage à l’ombre, torréfaction douce, macération dans le vinaigre ou l’alcool, mise en bocaux hermétiques : autant de gestes qui permettent de préserver les arômes et de garantir la sécurité alimentaire. Ces méthodes, parfois très anciennes, sont aujourd’hui complétées par des pratiques plus modernes, mais l’objectif reste le même : prolonger la durée de vie des épices tout en renforçant leur intensité gustative.
Le séchage est sans doute la technique la plus répandue. Piments, feuilles de bois d’Inde, thym-pays ou encore écorces de cannelle sont étalés sur des claies ou des plateaux, dans un endroit ventilé, à l’abri du soleil direct. Cette exposition indirecte permet de déshydrater les produits sans brûler leurs huiles essentielles. Les piments séchés, par exemple, peuvent ensuite être réduits en poudre ou réhydratés dans l’eau chaude pour être intégrés à une sauce ou une marinade. À l’inverse, une exposition trop brutale au soleil risquerait de dégrader la couleur et les arômes, un peu comme une photo qui se ternit à force d’être laissée en vitrine.
La mise en macération constitue une autre voie importante. Piments, gousses d’ail, grains de poivre ou morceaux de gingembre sont souvent conservés dans du vinaigre de canne, de l’huile, voire du rhum blanc agricole. Cette immersion crée un environnement hostile aux bactéries, tout en permettant aux arômes de se diffuser progressivement dans le liquide. C’est le principe même des sauces pimentées, des huiles parfumées ou de certains punchs aux épices. En parallèle, le stockage joue un rôle déterminant : bocaux en verre teinté, boîtes métalliques, placards frais et secs sont privilégiés pour limiter l’exposition à la lumière, à l’oxygène et aux variations de température.
Vous souhaitez conserver vos épices locales plus longtemps tout en gardant leur puissance ? Adoptez quelques réflexes inspirés des pratiques guadeloupéennes : achetez de préférence des épices entières (grains, bâtons, noix), ne les moulez qu’au fur et à mesure de vos besoins, et évitez de placer vos pots au-dessus de la cuisinière, où la chaleur et la vapeur les abîmeraient rapidement. De la même manière qu’un bon café se garde en grain, une bonne cannelle ou une bonne muscade se conservent mieux entières. Cette approche, à la fois simple et empirique, fait toute la différence dans la finesse aromatique de la cuisine créole.
Associations gustatives authentiques dans les plats signature guadeloupéens
La force de la cuisine guadeloupéenne ne tient pas seulement à la qualité de ses épices locales, mais aussi à la manière très précise dont elles sont combinées dans les plats du quotidien. Chaque recette signature – colombo de poulet, court-bouillon de poisson, poulet boucané, matété de crabe, blaff, boudin créole – repose sur un équilibre subtil entre piment, herbes, épices et acidité. Comme dans une partition musicale, chaque ingrédient joue une note spécifique, et c’est leur harmonie qui crée l’émotion gustative.
Dans un colombo de poulet, par exemple, la poudre de colombo maison forme la base aromatique, renforcée par le thym-pays, le bois d’Inde et parfois une pointe de muscade. Le piment végétarien ou un morceau de bonda man jacques vient apporter le piquant souhaité, tandis que le jus de citron vert, ajouté en fin de cuisson ou au moment du service, relève l’ensemble. Le court-bouillon de poisson, lui, mise sur une alliance entre tomates, oignons, cive-pays, ail, thym-pays, bois d’Inde et piment, le tout équilibré par l’acidité généreuse du citron vert. Le résultat ? Un bouillon parfumé, à la fois marin, épicé et frais, où le poisson reste au centre de l’attention.
Le poulet boucané illustre une autre logique d’association. La marinade antillaise mélange thym-pays, cive, ail, quatre-épices, citron vert, vinaigre et piment, puis la cuisson au fumoir, souvent avec de la canne à sucre ou du bois local, ajoute une dimension fumée irrésistible. Servi avec une sauce chien bien citronnée, le plat joue sur le contraste entre la richesse de la viande grillée et la fraîcheur piquante du condiment. Quant au boudin créole, il marie habilement sang de porc, pain ou farine, oignons, cive, piment, quatre-épices et parfois un soupçon de rhum ou de vin, créant un équilibre entre onctuosité, chaleur épicée et parfums torréfiés.
On retrouve ce même souci d’équilibre dans les plats de bananes plantain (ti-nain morue, ti-nain lanmori) où l’amidon de la banane verte est compensé par le salé de la morue, le parfum du thym-pays et de la cive, et parfois une touche de piment. Les desserts ne sont pas en reste : un flan coco bien réalisé associe la rondeur de la noix de coco, la douceur de la cannelle de Ceylan, la profondeur de la muscade et, pour certains, un trait de rhum vieux. Vous l’aurez compris, maîtriser les associations gustatives de la cuisine guadeloupéenne, c’est apprendre à doser piment, acidité, épices et herbes comme on règle les contrastes et la lumière sur une photographie, jusqu’à trouver l’image – ou plutôt la bouchée – parfaite.